En avant Mars !

15-03-2016 Philippe VOLVERT

C est parti pour Exomars 2016. La sonde européenne d'exploration martienne est partie du cosmodrome de Baïkonour pour un voyage de sept mois à destination de la Planète Rouge. La fusée Proton n'a pas manqué son rendez-vous avec un décollage parfait du pas de tir 200/39 à 9 heures 31 TU. L'injection sur une trajectoire d'évasion de l'orbite terrestre a eu lieu 10 heures et 41 minutes plus tard. Le succès de la mission de Proton a soulagé les équipes européennes et russes. Il faut dire que la partie n'était pas gagnée d'avance avec les nombreux ratés qui ont émaillé les lancements de la fusée russe ces dernières années. Aujourd'hui, Exomars 2016 est partie et bien partie.

En octobre prochain, au terme d'un voyage de 496 millions de kilomètres, Exomars s'insérera en orbite martienne pour une mission de l'étude de l'atmosphère de Mars pendant au moins 2 ans. Après quoi, elle servira de relai pour le rover de la mission Exomars 2018 qui sera lancée dans deux ans.

Exomars 2016 est une mission double constituée de l'orbiter Trace Gas Orbiter et de l'atterrisseur Schiaparelli.

TGO, pour ses initiales, orbitera sur une orbite circulaire à 400 km d'altitude sur une inclinaison de 74°. Il a pour mission d'étudier la présence et l'origine des gaz présents dans l'atmosphère martienne à l'état de trace notamment le méthane dont elle doit tenter de déterminer s'il est d'origine biologique. Les sondes les plus récentes ont en effet détecté la présence de méthane dont l'origine reste aujourd'hui inconnue. Ce gaz, instable dans l'atmosphère de Mars, aurait une durée de vie estimée à 300 ans. Il se concentre essentiellement dans la région de Syrtis Major Planum. Cela signifiera qu'il existerait là bas une source qui alimenterait localement l'atmosphère en méthane. TGO devrait permettre de déterminer si ce gaz provient d'une manifestation d'une activité souterraine, s'il est d'origine géochimique ou biochimique et comprendre les processus qui contrôlent le cycle de vie de ce gaz. Pour se faire, l'orbiter est équipé de quatre instruments conçus en Europe avec une collaboration russe.

Schiaparelli est un démonstrateur technologique. Tout comme TGO, Schiaparelli a été conçu par Thales Alenia Space en France. Ce module, d'une masse de 600 kg, doit valider les techniques de rentrée atmosphérique et d'atterrissage qui seront mises en oeuvre par de futures missions martiennes européennes, notamment pour Exomars 2018. Equipé de batteries non rechargeables, la durée de vie de Schiaparelli ne sera que de huit jours maximum. Néanmoins, il est équipé d'instruments scientifiques qui serviront à la caractérisation de la poussière, à l'évaluation des risques, et comme analyseur d'environnement à la surface martienne.

Le programme Exomars est un ambitieux projet européen de l'exploration martienne qui a bien eu du mal à décoller. Son origine remonte au début des années 2000, lorsque l'ESA engage une étude pour la conception d'un rover martien. Après plusieurs reports pour raisons budgétaires et du manque de maîtrise des techniques d'atterrissage sur Mars, Exomars est adopté en 2005 pour un coût évalué à 690 millions EUR. Trois ans plus tard, le projet est refondu sur un budget de 850 millions EUR. Il comprend désormais un orbiter transportant un démonstrateur (Exomars 2016) et un rover (Exomars 2018). L'année suivante, l'ESA et la NASA signent un accord dans le cadre d'une initiative conjointe pour l'exploration martienne. En 2011, la NASA doit faire face à l'explosion du budget pour le télescope JWST. Ne pouvant assumer les deux, l'agence spatiale américaine se désengage du partenariat avec l'ESA. Les Européens se tournent vers la Russie qui vient de subir un sérieux revers avec la perte de sa sonde Phobos-Grunt et l'associe à son programme Exomars. La Russie s'engage à lancer les missions de 2016 et 2018 avec la fusée Proton et à remplacer les instruments que la NASA devait monter sur Trace Gas Orbiter.

Sur le même sujet