Cassini découvre des mers sur Titan et une étrange forme hexagonale sur Saturne

29-03-2007 Véronique CHEVALIER

En l'espace de quelques jours, la sonde Cassini a fait une double découverte sur Saturne et son satellite Titan. Elle a photographié ce qui pourraient être des étendues liquides de la taille de mers au pôle Nord de Titan et a mis au jour une étrange forme hexagonale entourant la zone polaire Nord de la planète géante.

Depuis le véritable début de ses observations de Saturne et Titan, en février 2005, Cassini n'en finit pas de surprendre et de ravir les scientifiques avec ses images. Ce qui est en fait la mission Cassini-Huygens, association américano-européenne (l'orbiteur Cassini appartient à la NASA alors que Huygens, la sonde de rentrée dans l'atmosphère de Titan, est fournie par l'ESA), avait entamé son périple à travers le système solaire le 15 octobre 1997, lorsqu'elle quittait la base de Cape Canaveral à bord d'une fusée Titan 4-B Centaur. Ce périple lui a fait côtoyer Vénus, la Terre et Jupiter afin de bénéficier, à chaque passage, d'une assistance gravitationnelle pour préserver au maximum son carburant et écourter considérablement (de plusieurs dizaines d'années) son voyage vers Saturne. Celle-ci fut atteinte le 01 juillet 2004, date précise à laquelle Cassini se plaça en orbite autour de la planète pour une durée de 4 ans. Autant d'années pour permettre à Cassini de se focaliser sur l'étude de Saturne, de son environnement le plus lointain au plus proche : ses satellites, ses anneaux (leurs formation, composition et fonctionnement) et sa magnétosphère. De son côté, Huygens est chargée d'analyser Titan, à la fois lune principale de Saturne et deuxième plus gros satellite connu du système solaire. Elle a, pour cela, pénétré dans son atmosphère en janvier 2005.

Toujours en observation rapprochée autour de Saturne et Titan, Cassini a envoyé de nouvelles et étonnantes informations à propos des deux astres, enregistrées au cours de cette seconde moitié du mois de mars.

Tout d'abord, les images radars obtenues par Cassini ont révélé, au pôle Nord de Titan, des zones sombres très étendues qui s'apparentent à des mers. En réalité, cette découverte vient en élargir une autre faite auparavant. En effet, Cassini avait déjà observé la présence de lacs mais, aujourd'hui, ceux-ci atteindraient une plus grande superficie, la zone la plus importante occupant plus de 100 000 km². Il ne s'agit plus de lacs mais bien de véritables mers ! On ne peut pas encore affirmer que ces étendues contiennent un liquide mais leur morphologie et leurs alentours, semblables aux mers terrestres, et la manière dont elles absorbent les émissions radars le laissent supposer. Toujours au niveau des supputations, les scientifiques penchent pour un liquide composé de méthane ou d'un mélange de méthane et d'éthane car ceux-ci sont présents en grande quantité dans l'atmosphère de Titan. De plus, les images présentent certaines zones, situées sont les 70° de latitude, moins sombres qui font penser à des lacs asséchés. Cela pourrait accréditer la thèse d'un liquide fait de méthane et/ou d'éthane car cette découverte montre que Titan pourrait connaître un cycle de méthane/éthane similaire à celui de l'eau sur Terre (évaporation-précipitations) et que, ainsi, le niveau des mers et lacs varierait selon les saisons ou les conditions météorologiques. Reste maintenant aux scientifiques à confirmer tout cela grâce aux prochaines informations que donneront les images prises par Cassini des régions entourant directement ces zones.

La seconde découverte faite par Cassini est plus récente de quelques jours et concerne la région du pôle Nord de Saturne. Les photographies prises par le spectromètre infrarouge de la sonde laissent apparaître une forme hexagonale englobant toute cette région. En fait, cette figure géométrique avait déjà été observée à l'époque de Voyager 1 et 2, il y a une vingtaine d'années. Une telle observation qui ne peut donc plus être le fruit du hasard intrigue beaucoup les scientifiques car l'atmosphère de Saturne, épaisse et capricieuse, semble a priori peu propice à la formation d'un hexagone à ce point parfait. Aujourd'hui, Cassini apporte de nouveaux éléments, parmi lesquels la détection d'un autre hexagone à l'intérieur du premier, plus sombre. On connaît maintenant aussi la taille du grand hexagone, tellement gigantesque qu'il pourrait contenir 4 fois la Terre. Les dernières données montrent encore que cette structure à 6 côtés entre plus profondément que ce que l'on pensait dans l'atmosphère saturnienne, descendant jusqu'à 100 km sous la couche nuageuse. Enfin, il a été observé qu'un système de nuages agit à l'intérieur même de l'hexagone, l'accompagnant dans son mouvement comme le feraient les sièges d'un carrousel.

Toutes ces informations ont pu être récoltées grâce aux instruments à infrarouge de Cassini, la calotte polaire septentrionale de Saturne se trouvant actuellement immergée dans l'obscurité de la nuit polaire. Lors des deux prochaines années le pôle Nord entrera peu à peu dans la lumière et fournira alors à Cassini et aux scientifiques son lot de nouvelles images d'ores et déjà très attendues.

Sources

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