L'Asie se lance dans la géolocalisation

Le système chinois Beidou

Le GPS américain, bien qu'ouvert aux applications civiles, dépend entièrement de l'armée américaine. A tout moment, pour des raisons stratégiques, notamment dans le cadre d'opérations militaires dans certaines régions du globe, le signal peut être dégradé, offrant une précision amoindrie. C'est l'une des raisons qui ont poussé la Chine à développer son propre système de navigation par satellites, le Compass Navigation Satellite System, connu également sous l'appellation Beidou.

Il faut remonter à 1983 pour retrouver les premières traces d'un projet de navigation par satellites. On les doit à Chen Fangyun, un expert dans les systèmes spatiaux. Il proposait d'utiliser deux satellites sur orbite géostationnaire en complément au système GLONASS et GPS pour fournir des relevés très précis de localisation à l'échelle nationale à l'instar de l'EGNOS européen. Six ans plus tard, un premier test est réalisé grâce aux satellites de télécommunications DFH-2. En 1994, le gouvernement chinois et les militaires donnent leur feu vert à l'élaboration d'un système expérimental de géolocalisation basé sur la technologie de satellites doubles. Six ans plus tard, Beidou 1A et 1B sont placés sur orbite géostationnaire à des fins de démonstration. Un troisième Beidou les rejoint en 2003 comme satellite backup et pour tester le RDSS (Radio Determination Satellite Service) et le RNSS (Radionavigation Satellite Service) qui seront montés sur les satellites Beidou seconde génération. Un quatrième satellite devait compléter le système mais il est tombé en panne une fois sur orbite. Les tests réalisés par la première génération de satellites Beidou a encouragé le gouvernement chinois à adopter un décret pour la mise un place d'un réseau opérationnel baptisé CNSS (Compass Navigation Satellite System). Tout comme le GPS, le CNSS sera dual. Il proposera un service civil gratuit permettant une précision de 10 mètres à tous les utilisateurs. A côté de cela, il existera un service plus performant mais réservé à l'armée. Le système a également maintenu le service de messagerie textuelle conçu à l'origine pour Beidou 1.

Le CNSS se déroulera en deux étapes :

  • Réseau national comptant 5 satellites Beidou G, 5 satellites Beidou IGSO et 4 satellites Beidou M. Ce réseau est déjà partiellement opérationnel ;
  • Réseau mondial comptant 5 satellites Beidou G, 3 satellites Beidou IGSO et 27 satellites Beidou M. Ce réseau sera en service à partir de 2020.

Les satellites Beidou G (Geostationnary) utilisent une plate-forme DFH-3B conçue à l'origine pour les satellites de télécommunications. Leur masse au décollage est de 4,6 tonnes et leur durée de vies optimale est de 8 ans. Ils sont placés sur une orbite géostationnaire. Pour le réseau mondial, les satellites seront positionnés par 58,75° E, 80° E, 110,5° E et 140° E.

Les satellites Beidou IGSO (Inclined GeoSynchronous Orbit) utilisent également une plate-forme DFH-3B mais ils sont cependant plus légers puisque leur masse au décollage est de 4,2 tonnes. Ils sont placés sur une orbite géostationnaire avec une inclinaison de 55° afin de couvrir tout le territoire chinois dans les meilleures conditions.

Les satellites Beidou M (Medium Earth Orbit) sont différents. Ils utilisent une plate-forme DFH-3 conférant aux satellites une masse avoisinant 2,2 tonnes. Leur durée de vie est de 8 ans également. Ils circulent sur une orbite de 21 500 x 24 100 km inclinée de 55°. Ceux-ci ne seront utilisés que pour le réseau national. Pour le réseau mondial, une nouvelle plate-forme plus petite sera développée. Chaque satellite pèsera 800 kg environ et aura une durée de vie optimale de 5 ans. La masse réduite rendra possible un lancement par grappe à l'instar des Protons ou autre Soyuz.

Le réseau japonais à des fins domestiques

QZS - Geostationary satellite
Illustration montrant le satellite QZSS-3 en orbite autour de la Terre - Photo National Space Policy Secretariat, Cabinet Office (Agrandir)

En septembre 2010, le Japon a lancé le premier des trois satellites QZSS (Quasi Zenit Satellite System) de navigation. Tout comme la Chine, le Japon vise une utilisation domestique de son programme et servira à augmenter le signal GPS et donc la précision.

Quand l'Inde développe son propre système

L'Inde, qui a toujours affiché un intérêt pour les retombées spatiales dans la vie de tous les jours, ne pouvait passer à coté du positionnement par satellites. En mai 2006, le gouvernement indien a approuvé le développement du programme IRNSS (Indian Regional Navigational Satellite System). L'IRNSS se compose d'une constellation de sept satellites qui ont tous une visibilité radio continue avec les stations de contrôle indiennes malgré le fait qu'ils soient répartis sur des orbites différentes. Trois satellites sont en orbite géostationnaire à 32,5°, 83° et 131,5° Est, tandis que les quatre autres satellites sont sur une orbite géosynchrone inclinée à 29° avec un croisement de longitude à 55° et 111,75° Est. En plus des sept satellites originaux, l'agence spatiale indienne ISRO a annoncé en janvier 2016 que quatre autres seront construits comme pièces de rechange. Le premier de ces satellites a été lancé en avril 2018 pour remplacer l'IRNSS 1A, qui a subi des pannes d'horloges atomiques.


Sources

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