Une nouvelle ère pour les vols spatiaux habités commence

30-05-2020 Philippe VOLVERT

Neuf ans après le dernier vol de la navette spatiale, les Etats-Unis retrouvent leur indépendance en matière d'accès à l'espace pour les vols habités après le lancement réussi du vaisseau Crew Dragon avec deux astronautes à son bord.

Il était très exactement 19 heures 22 minutes et 45 secondes TU samedi soir, lorsque les neuf moteurs Merlin ont arraché les 335 tonnes de la fusée Falcon 9 du pas de tir 39A au Kennedy Space Center. Après un vol parfait de 12 minutes, le vaisseau était placé sur orbite. Dans quelques heures, il rejoindra la station spatiale internationale pour s'y amarrer. La jonction entre les deux vaisseaux est prévue demain à 14 heures 27 TU.

Une chronologie parfaite sous un ciel pluvieux

Pour ce premier vol habité depuis le sol américain en une décennie, la NASA et SpaceX ont mis les petits plats dans les grands avec une couverture médiatique sans précédent, notamment avec des vues intérieures du vaisseau pendant les derniers préparatifs et le lancement. Les deux propagandistes ont débuté la retransmission en direct à 15 heures TU, soit environ 04 heures avant le H0.

Au même moment, les astronautes Douglas Hurley et Robert Behnken arrivaient au Neil Armstrong Operations and Checkout Building pour enfiler leur combinaison de vol. Ils sont sortis du bâtiment environ une heure plus tard, accueillis par les familles et les amis.

Hurley et Behnken ont mis une vingtaine de minutes pour rallier le pad de tir 39A en Tesla Model X, arborant les couleurs de la NASA. Pour la première fois depuis le début des années 90, le logo de l'agence spatiale en forme de ver a refait surface. On le retrouve un peu partout, que ce soit sur la combinaison des astronautes, sur la fusée ou encore sur le pad de tir lui-même.

Une fois les deux astronautes installés à bord du Crew Dragon, une série de tests a été réalisée pour vérifier l'étanchéité du vaisseau, les communications et d'autres paramètres.

Trois quart d'heure avant le décollage, le bras d'accès au Crew Dragon a été retiré afin de permettre le remplissage en ergols de la fusée. Pour des raisons évidentes de sécurité, le périmètre alentour du vaisseau doit être dégagé dans le cas où un incident surviendrait et qu'il faille procéder à une éjection d'urgence.

Les conditions météorologiques qui ne s'annonçaient pas meilleures que mercredi se sont améliorées au fil du compte à rebours avec une prévision de 70 % de départ à l'heure. Lors de la première tentative, la météo défavorable avait contraint SpaceX et la NASA à reporter le lancement de quelques jours, le temps de retrouver un alignement idéal pour un rendez-vous avec la station spatiale internationale.

En raison des restrictions sanitaires imposées par les autorités pour lutter contre la pandémie de Covid-19, le centre spatial et ses alentours étaient fermés au public. D'ordinaire, une mission de cette importance peut drainer jusqu'à des centaines de milliers de personnes. Pour prévenir tous risques de propagation du virus, la NASA avait exhorté les passionnés d'espace à ne pas se rendre en masse en Floride pour assister au lancement. Toutefois, des hôtes de marque avaient fait spécialement le déplacement pour assister au moment historique. Il s'agissait du président Donald Trump et de son vice-président Mike Pence.

Deux amis aux commandes du Crew Dragon

Ce sont deux vétérans de la NASA qui sont aux commandes du vaisseau Crew Dragon. Douglas Hurley et Robert Behnken ont chacun effectué deux missions dans l'espace, totalisant respectivement 28,5 jours et 29,5 jours d'expérience en orbite terrestre.

En plus d'être des astronautes expérimentés, Hurley et Behnken sont amis depuis de nombreuses années. Ils se connaissent depuis vingt ans et ont tous les deux épousé une astronaute sélectionnée en même temps qu'eux.

Pour cette mission de démonstration, Hurley et Behnken se relayeront pour prendre les commandes du vaisseau. Agé de 54 ans, Douglas Hurley a le poste de « Spacecraft Commander ». Autrement dit, il est responsable des activités liées au lancement, au retour sur Terre et à la récupération. Agé de 50 ans, Robert Behnken est le « Joint Operation Commander ». En tant que JOC, il sera l'adjoint de Hurley et sera à la manoeuvre pour la phase de rendez-vous et d'amarrage à la station spatiale internationale. Ce sera encore lui qui pilotera le vaisseau pour le désamarrage.

Sources

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