Apollo 11: 50 ans - Partie 7

22-07-2019 Philippe VOLVERT

Il y a tout juste 50 ans, la mission Apollo 11 entrait dans l'histoire comme la première mission à s'être posée à la surface d'un autre monde. Les trois astronautes ont repris le chemin du retour. Objectif : Revenir sur Terre.

Pour célébrer cet anniversaire, Destination Orbite compte mettre les petits plats dans les grands en proposant une série d'articles et interviews qui couvriront les huit jours de la mission Apollo 11.

22 juillet 2019

Après avoir décollés de la surface lunaire, Neil A. Armstrong et Buzz E. Aldrin ont rejoint Michel Collins resté en orbite autour de la Lune. Les astronautes font désormais route vers la Terre. Aucun évènement majeur ne marquera la mission jusqu'à l'amerrissage le 24 juillet.

L'équipage d'Apollo 11 est le premier à explorer un autre monde. D'autres ont emboité le pas lors des missions Apollo 12 à 17. Aujourd'hui, une nouvelle génération d'explorateurs est en passe de partir à la découverte d'autres mondes, comme la planète Mars. L'expérience acquise par ces astronautes et le personnel qui les a accompagnés est primordiale pour les prochaines expéditions hors de l'environnement terrestre. Parmi ces personnes d'expériences, il y a Vladimir Pletser

. Ancien candidat astronaute belge, il a été responsable de vols paraboliques à l'Agence Spatiale Européenne et détient le record du monde du plus grand nombre d'avions en vols paraboliques, cumulant 39 heures et 18 minutes d'état d'impesanteur. Autant de qualités qui font de lui l'un des mieux à même pour mettre en place d'un protocole d'entraînement pour les futurs astronautes privés ou professionnels.

Pour débuter, pourrions-nous évoquer votre parcours professionnel de manière générale ?

En avant Mars!

J'ai fait des études à l'Université Catholique de Louvain (Belgique) en tant qu'ingénieur civil en mécanique. J'ai suivi avec une licence en géophysique avant de devenir chercheur à l'Institut royal météorologique de Belgique à Uccle. Je suis ensuite parti à l'Université de Kinshasa comme Professeur Assistant. En parallèle, j'ai travaillé sur une thèse de doctorat en astrophysique sur un problème sur la formation du système solaire que j'ai présentée bien plus tard. J'y suis resté 3 ans avant de rentrer en Belgique en 1985.

En 1985, vous entrez à l'Agence Spatiale Européenne au Directorat des Vols spatiaux habités et Opérations. Quelle a été votre principale fonction ?

En 1985, je suis recruté à l'Agence Spatiale Européenne au Centre européen de technologie spatiale (ESTEC) à Noordwijk aux Pays-Bas où j'y suis resté pendant 30 ans. Trente années où je me suis occupé des vols paraboliques - les vols en avion pour recréer l'apesanteur pendant des durées d'une vingtaine de secondes - et de la construction d'instruments et de charges utiles pour des missions de recherche spatiale à bord de Spacelab puis de la station spatiale internationale. D'ailleurs, il y a encore un des instruments en activité sur l'ISS pour faire des expériences en neurophysiologie. Il s'agit de GRIP, une expérience belgo-française avec les Profs. Jean-Louis Thonnard et Philippe Lefevre de l'UCL.

Après 30 ans de bons et loyaux services à l'ESA, vous avez quitté l'agence spatiale européenne. Qu'avez-vous fait ?

On m'a appelé à Pékin à l'Académie chinoise des sciences pour aller travailler au Centre de technologies et d'ingénierie pour l'utilisation spatiale sur le programme de microgravité avec des vols paraboliques et sur la station spatiale chinoise qui devrait être lancée en 2022.

Après deux années, j'ai été contacté par la société anglaise Blue Abyss qui propose une nouvelle approche pour l'entrainement des astronautes, pas seulement les astronautes des agences spatiales mais également issus de sociétés privées.

Le premier homme qui a été lancé dans l'espace, c'était Yuri Gagarine en avril 1961. Et depuis, il y a eu environ 530 personnes qui sont parties dans l'espace. Dès que les vols suborbitaux auront démarrés, aussi bien avec Virgin Galactic qu'avec Blue Origin et dans le futur SpaceX qui va proposer des vols orbitaux, le nombre d'astronautes va augmenter de manière exponentielle. Et donc, il va falloir préparer ces personnes là pour les vols spatiaux.

Je suppose que votre activité au sein de l'ESA a été un tremplin pour poser votre candidature comme astronaute européen. Comment s'est passée votre sélection ?

Oui certainement. J'ai eu la chance de m'occuper des vols paraboliques dès mars 1986 avec Dirk Frimout. En 1991, je lui succédé en tant que responsable européen des vols paraboliques lorsqu'il est parti à l'entraînement en vue de sa mission dans l'espace. J'ai eu l'occasion de toucher de près le travail des astronautes, le travail de recherche en apesanteur à différent niveau de pesanteur et puis de préparation des missions avec les expériences spatiales.

Comme j'étais dans le bain, j'ai décidé de poser ma candidature au moment de l'appel d'offres lancée en 1989. J'ai passé la sélection au niveau national (première phase de sélection). Et donc en parallèle de mes activités à l'ESA, j'ai été choisi par la Belgique comme candidat astronaute en 1991. C'était la même sélection que Marianne Merchez et Franck De Winne. Lors de la seconde phase, réalisée sous la responsabilité de l'ESA, Marianne Merchez a été retenue. Pour des raisons personnelles, elle a démissionné de son poste d'astronaute. En 1998, Franck a été retenu et a pu voler deux fois (NDLR : en 2002 pour un vol d'une semaine et en 2009 pour un vol de 6 mois dont 3 en tant que commandant de l'ISS). Pour ma part, j'attends toujours mon tour pour pouvoir voler à un moment ou un autre. Je ne désespère pas puisqu'il y aura toujours des possibilités avec les vols commerciaux.

Depuis quelques années, le privé s'est lancé dans le spatial. Je pense notamment à SpaceX et prochainement Blue Origin. Ces sociétés pourraient-elles changer la donne dans les vols habités ? Ne pourraient-elles pas parvenir à envoyer un homme sur Mars avant les agences spatiales ?

Ca c'est une excellente question ! Et c'est très difficile d'y répondre. J'aurais tendance à dire « oui » mais en même temps « non ».

La recherche spatiale coûte très cher. Alors bien sûr, nous avons ces milliardaires comme Jeff Bezos (Blue Origin), Elon Musk (SpaceX) et Richard Branson (Virgin Galactic) qui mettent de leur fortune personnelle là-dedans. La question que l'on peut se poser c'est jusqu'à quand ils seront prêts à continuer à mettre de l'argent dans l'espace. Il faut voir l'investissement à long terme. Mais on n'est pas encore arrivé à l'exploitation commerciale de l'espace. On devrait arriver bientôt, sans savoir exactement quand, à pouvoir lancer des vols commerciaux suborbitaux qui coûtent déjà relativement cher. Grosso-modo 250 000 $ pour un vol de quelques minutes. Ce n'est pas encore tout à fait démocratisé comme prix mais ce n'est pas non plus quelque chose qui permet de renflouer les caisses de ces milliardaires. Et ce n'est pas ça non plus qui permettra de financer le reste de l'exploration spatiale. De ce côté-là, je crains qu'à un moment l'un ou l'autre se retire. Ceci dit, Elon Musk a des plans ambitieux pour lancer des missions vers Mars. Quand je dis ambitieux, ils prêtent même à sourire. Les professionnels du spatial, quand ils voient un peu ce que Elon Musk propose, trouvent ça très ambitieux, parfois loin d'être réaliste. Par exemple, il avait annoncé le premier vol de sa fusée martienne en 2018 et qu'on pourrait déjà envisager une première mission habitée en 2020. Alors 2018 est passée, 2019 est déjà bien entamée et il n'a toujours pas cette grosse fusée qu'il appelle la BFR (rebaptisée Super Heavy/Starship). C'est bien d'avoir des idées, des ambitions mais il faut se poser la question si c'est faisable ou non aujourd'hui.

D'un autre côté, la Nasa a présenté à l'automne 2018 un programme en cinq phases qui comprend la poursuite de l'exploitation de l'ISS, le développement du lanceur lourd Space Launch System, la construction d'une station spatiale Gateway autour de la Lune avec les partenaires actuels de l'ISS et qui servirait de tremplin pour retourner sur la Lune mais également pour des vols de longue durée en orbite lunaire ou de base arrière pour les voyages vers Mars à l'horizon 2030. Avec l'intervention de l'administration Trump, la Gateway n'a plus vraiment le vent en poupe et on enverrait directement les astronautes sur la Lune sans passer par cette station spatiale. En ce moment, ce programme est rediscuté. (NDLR : la nouvelle version du programme a été baptisée Artemis et vise un voyage vers la Lune en 2024 et Mars en 2030).

Le tout est de savoir si ce sera uniquement les agences spatiales ou via des programmes commerciaux. A mon avis, je crois que ce sera plutôt un mélange des deux et je crois que ce serait une bonne chose. Si le privé a développé des systèmes suffisamment performants pour être utilisés, pourquoi faudrait-il développer d'autres systèmes en parallèle qui coûteraient aussi chers alors que l'on pourrait acheter ce service auprès de ces privés.

Ne nous orienterons-nous pas vers des compagnies spatiales à l'instar des compagnies aériennes pour les vols habités ?

On n'y est pas encore non plus mais on y arrivera sans doute un jour. La technologie est beaucoup plus compliquée pour garantir la sécurité des passagers. On arrivera un jour, je suis certain, à des compagnies spatiales qui vont transporter des passagers depuis la Terre jusqu'à des stations spatiales, des hôtels en orbite, jusqu'à la Lune où il y aura des villages de vacances. A mon avis ça va prendre encore quelques dizaines d'années si pas un siècle ou deux. Il y a un facteur d'échelle qui joue là dedans.

Si on retourne un peu plus d'un siècle en arrière, les premières tentatives aéronautiques, c'était des avions aux formes un peu biscornues qui, la plupart du temps, se cassaient la figure. Petit à petit, la science de l'aéronautique a été comprise et la technologie s'est développée avec les premiers avions qui ont vu le jour au tournant du siècle dernier. Les pilotes, qui étaient l'équivalent des astronautes à l'époque, faisaient des choses que l'on pensait impossibles et dangereuses. Avec le temps, ils ont pu démontrer que ça pouvait se faire de plus en plus facilement au point d'en arriver à des vols commerciaux avec des passagers qui paient leur ticket et qui sont transportés d'un point à un autre, de manière assez confortable et avec suffisamment de sécurité. Pour en arriver là, ça a pris plusieurs dizaines d'années.

Si on fait le parallèle avec l'exploration spatiale, il y a un facteur d'échelle qui est différent. Se déplacer dans l'air c'est déjà difficile mais on n'est pas loin de la Terre. Au moindre pépin, l'avion peut revenir se poser. Pour l'espace, c'est autre chose. Là, on est bien au-delà de l'atmosphère et on est dans un vaisseau pressurisé avec beaucoup plus de risques et de dangers potentiels. Il suffit d'un impact avec une micrométéorite ou un débris, même millimétrique, et c'est la catastrophe. Et la catastrophe, on ne peut rien faire. En cas de pépin, on l'a vu avec la mission Apollo 13, on ne peut pas faire demi-tour puis revenir. Le vaisseau est obligé de continuer et contourner la Lune - si c'est une mission lunaire - pour revenir. Ce serait beaucoup plus long dans le cas d'une mission martienne. Là, on parle de plusieurs mois, voire plusieurs années. Il y a un facteur d'échelle qui rend les choses beaucoup plus compliquées.

Eagle a rendez-vous avec Columbia

Après son départ de la Lune, le module lunaire part à la rencontre du module de service en orbite autour de la Lune. Une fois assemblé, le train lunaire Apollo 11 repart en direction de la Terre.

Sources

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