Quand Rosetta rencontre Churyumov-Gerasimenko

06-08-2014 Véronique CHEVALIER

Ce 06 août, la sonde de l'Agence Spatiale Européenne (ESA) s'est correctement mise en orbite autour de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, à 405 millions de km de la Terre. Cet évènement met fin au suspense de ces derniers jours et comble les premiers espoirs placés en Rosetta depuis son départ il y a déjà plus de 10 ans, le 02 mars 2004.

Par ailleurs, elle franchit ici une étape historique dans l'exploration du Système Solaire, en devenant le premier véhicule spatial à s'installer autour d'une comète, ce qui relève d'une réelle prouesse technique.

Cette arrivée à destination marque la fin d'un périple de plus de 6 milliards de km à travers l'espace interplanétaire du Système Solaire. Il fut ponctué de 4 manoeuvres d'assistance gravitationnelle (3 fournies par le champ gravitationnel de la Terre et une par celui de Mars), du survol de 2 astéroïdes et d'une période d'hibernation de 31 mois en relative fin de course, lors de son approche de l'orbite de Jupiter. Sortie de sa léthargie en janvier dernier, Rosetta achevait alors enfin son voyage en se dirigeant vers Churyumov.

Aujourd'hui, c'est une autre expédition qui prend le relais car en se postant aux côtés de la comète, Rosetta l'accompagne désormais dans sa course orbitale. Celle-ci la mène actuellement vers son périhélie, la zone de son orbite la plus proche du Soleil, située entre Mars et la Terre, qui sera atteint en août 2015. Dans cette région, le noyau de la comète composé de glace et de poussières développera de plus en plus son atmosphère (aussi appelée chevelure ou coma) qui finira par se prolonger en deux traînées sous l'action des influences solaires. La comète et la sonde se dirigeront ensuite vers l'aphélie (le lieu de l'orbite le plus éloigné du Soleil) localisé dans l'orbite de Jupiter.

Ces derniers temps, Rosetta, assistée de la caméra OSIRIS, a déjà photographié Churyumov ; les nombreux clichés ont même permis une recomposition en 3D révélant un objet irrégulier et étranglé en un endroit, le coupant ainsi en deux parties inégales. On remarque aussi de prime abord une zone plus claire au niveau du resserrement, laquelle serait peut-être due à la présence de divers matériaux, à des grains de tailles différentes ou encore à des éléments topographiques spécifiques.

Cette physionomie particulière, qui a surpris tous les observateurs, pourrait compliquer la future tâche d'atterrissage de Philae, deuxième temps fort de la mission Rosetta. Prévu pour novembre prochain, la sonde s'attelle pour le moment à trouver le meilleur point de chute pour son atterrisseur. Outre cette recherche délicate, il existe d'autres risques d'échec pour cet atterrissage ; ne connaissant pas la composition exacte de la surface de la comète, il se pourrait que Philae rebondisse sur le sol partant ainsi pour un voyage infini dans l'espace ou qu'au contraire, il s'enfonce trop dans un sol mou. Il pourrait encore se fracasser à la surface, rendant inopérationnels tous ses instruments d'analyse.

Mais si tout se passe bien, tandis que Rosetta continuera à examiner l'atmosphère de Churyumov, Philae pourra entrer en action et étudier de près son noyau. Cet objectif recèle bien des attentes car les comètes sont des corps célestes qui ne se sont presque pas transformés depuis leur apparition en même temps que la création de tout le Système Solaire. Sa composition actuelle est donc une copie conforme de celle de la Terre à ses débuts et son analyse fournira autant d'informations importantes sur sa naissance que sur l'origine et l'évolution du Système Solaire dans sa totalité.

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