OSIRIS-REx a rendez-vous avec Bennu

03-12-2018 Philippe VOLVERT

Après avoir voyagé dans l'espace pendant plus de deux ans et plus de deux milliards de kilomètres, la sonde OSIRIS-REx (Origins, Spectral Interpretation, Resource Identification, Security-Regolith Explorer) est arrivée à sa destination, 1999 RQ36 Bennu. Le vaisseau spatial a pour mission principale de prélever des échantillons de l'astéroïde et de les ramener sur Terre en septembre 2023.

Explorer l'astéroïde Bennu

Pendant près d'un an, OSIRIS-REx va voler en formation avec Bennu pour étudier l'astéroïde avec ses cinq instruments scientifiques et choisir un endroit sûr et scientifiquement intéressant pour prélever des échantillons.

Dans un premier temps, OSIRIS-REx va tenter de détecter la présence de satellites naturels en orbite autour de Bennu ainsi que d'éventuels phénomènes de dégazages à la surface de l'astéroïde. La sonde mesurera également l'accélération Yarkovsky de Bennu. L'effet Yarkovsky se manifeste par des mouvements infimes d'un astéroïde. Lorsqu'une face est exposée à la lumière solaire, sa surface emmagasine de la chaleur. Une fois dans l'obscurité, la température descend, ce qui a pour conséquence un dégagement de chaleur à l'origine d'un changement de trajectoire du bolide. Etendu sur des milliers, voire des millions d'années, le phénomène pourrait dévier la course d'un astéroïde.

OSIRIS-REx débutera ensuite la cartographie détaillée de la surface de Bennu. Dotée de trois caméras OCAMS (OSIRIS-REx Camera Suite), la sonde va pouvoir photographier l'astéroïde avec une haute résolution allant jusqu'au mètre. Avec son l'altimètre laser OLA (OSIRIS-REx Laser Altimeter), OSIRIS-REx réalisera une carte topographique de Bennu avec une précision inégalée. Ses spectromètres seront mis à contribution pour déterminer la nature chimique de la surface de l'astéroïde et notamment pour détecter la présence de molécules organiques.

Une fois le site d'échantillonnage sélectionné, la manoeuvre de collecte pourra débuter. Le 04 juillet 2020, OSIRIS-REx se rapprochera de la surface de Bennu, bras d'échantillonnage TAGSAM (Touch-And-Go Sample Acquisition Mechanism) déployé. Il entrera en contact avec la surface, libérant au passage une décharge d'azote gazeux. La poussière soulevée pourra être transférée dans un collecteur situé dans la tête de l'échantillonneur. Les scientifiques espèrent pouvoir récolter entre 60 grammes et 2 kg d'échantillon. Au besoin, la sonde pourra répéter l'opération à deux reprises. Après avoir mesuré la masse de la récolte, la tête TAGSAM sera rangée dans la capsule de retour d'échantillon pour le retour sur Terre prévu en 2023.

Pourquoi Bennu ?

1999 RQ36 Bennu est un astéroïde de type B (constitué essentiellement de carbone) de 500 mètres de diamètre, classé dans la catégorie des géocroiseurs, c'est-à-dire coupant l'orbite de la Terre. Tous les six ans, il se rapproche dangereusement de notre planète, à seulement 300 000 km de distance. Raison pour laquelle, la NASA l'a listé comme objet potentiellement dangereux. Selon les données actuelles, il y a une chance sur 24 000 pour qu'il frappe la Terre en 2175. Le risque est encore plus élevé en 2196 avec une chance sur 10 000.

Même si les conséquences d'une collision avec la Terre seront très importantes, elle ne menacerait pas forcément notre existence. La dernière extinction de masse remonte à 65 millions d'années et aurait été causée par un astéroïde de dix kilomètres de diamètre, provoquant la disparition des dinosaures. A titre de comparaison, le superbolide de Tcheliabinsk qui a frappé la Russie en février 2013, faisant 1 142 blessés, ne mesurait que 15 à 17 mètres.

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