Des molécules organiques complexes et du méthane découverts sur Mars

07-06-2018 Philippe VOLVERT

La NASA a annoncé ce jeudi soir dans une conférence de presse deux découvertes qui tendent à prouver qu'à une certaine époque, la planète Mars aurait pu être habitable. Sans pour autant être des preuves de l'existence même de la vie sur la Planète Rouge dans le passé ou à l'heure actuelle, ces découvertes sont un bon signe pour les futures missions d'exploration de la surface et du sous-sol de la planète. Deux articles à paraitre dans la revue Science font état de ces dernières avancées.

Des molécules organiques

Dans des échantillons prélevés dans des roches sédimentaires vieilles de trois milliards d'années, le rover Curiosity a trouvé des molécules organiques complexes. Les prélèvements ont été réalisés sur deux sites distincts dans le cratère de Gale à 5 cm de profondeur et analysés par l'instrument SAM (Sample Analysis at Mars). Ce dernier chauffe l'échantillon à 600° Celsius pour libérer les différents volatils.

L'analyse a permis de dire que ces molécules organiques contiennent du carbone et de l'hydrogène et peuvent aussi contenir de l'oxygène, de l'azote et d'autres éléments. Bien qu'elles soient les premières briques nécessaires à l'éclosion de la vie, les molécules organiques peuvent aussi être créées par des processus non biologiques et ne sont pas nécessairement des indicateurs de la vie.

Aujourd'hui, l'environnement martien est devenu inhospitalier en raison des agressions incessantes des radiations provenant de l'espace et d'une atmosphère trop ténue pour la protéger. Mais il fut une époque où le climat était plus propice à la présence d'eau liquide à la surface. Les données de Curiosity révèlent qu'il y a des milliards d'années, le cratère de Gale était un lac contenant tous les ingrédients nécessaires à la vie, y compris une chimie prébiotique et les sources d'énergie.

Rejets saisonniers de méthane

Un second article décrit la découverte des variations saisonnières du méthane dans l'atmosphère martienne au cours de près de trois années martiennes - soit près de six années terrestres - par le rover Curiosity.

Ce n'est pas la première fois que ce gaz est détecté par les sondes martiennes. En 2004 déjà, la sonde européenne Mars-Express avait mis en évidence ce gaz instable qui disparaît en une dizaine d'années par réaction photochimique. A ce jour, les scientifiques n'ont pas pu déterminer sa source. La chimie de l'eau et de la roche pourrait produire ce méthane mais ils ne peuvent exclure l'hypothèse d'une origine biologique.

Curiosity a mis en évidence un cycle annuel de méthane avec un pic en été pour ensuite diminuer les mois d'hiver. La différence est à peu près d'un facteur trois d'une saison à l'autre. L'une des hypothèses avancées pour expliquer le pic est que le méthane provenant du sous-sol martien serait piégé par le froid hivernal avant d'être libéré à la faveur du réchauffement estival. Cependant, la théorie avancée ne dit rien sur l'origine de la source de ce méthane. Des recherches plus poussées avec des instruments plus sophistiqués permettront peut-être un jour de répondre à l'énigme.

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