Avis d'averses sur Titan

01-02-2009 Philippe VOLVERT

Les récentes images de Titan réalisées par la sonde Cassini confirment la présence de lacs d'hydrocarbures en voyant les changements de ces lacs provoqués par des averses.

Depuis plusieurs années, les scientifiques de la mission Cassini pensent que les secteurs foncés près des deux pôles de Titan pourraient être des lacs remplis d'hydrocarbures. Une analyse éditée jeudi dernier dans le Geophysical Research Letters illustrée d'images récentes de la région polaire Sud de Titan montrant de nouveaux dispositifs de lacs non vus dans les images de la même région prises une an plus tôt. La présence de ces dispositifs suggère que les nouveaux lacs pourraient être le résultat d'une grosse tempête de pluie et que quelques lacs pourraient ainsi devoir leur présence, taille et distribution à travers la surface de Titan à la météo et aux saisons changeantes de la plus grande lune de Saturne.

Les caméras haute résolution de l'instrument ISS (Imaging Science Subsystem) de Cassini ont réalisé une cartographie complète de Titan incluant les premières images infrarouge prises les 15 et 16 août 2008 de la principale partie de l'hémisphère Nord où se trouvent les lacs. Ces images complètent les données haute résolution réalisées par le radar et l'instrument VIMS (Visible and Infrared Mapping Spectrometer).

Ces observations ont permis d'affirmer qu'il y a un plus grand stock de méthane liquide dans l'hémisphère Nord que dans l'hémisphère Sud. Alors l'hémisphère Nord approche de l'été, les scientifiques de la mission Cassini prévoient que les grands systèmes convecteurs de nuages s'y formeront et provoqueront des averses qui alimenteront les lacs nordiques en hydrocarbures.

Certains de ces lacs sont grands. A titre d'exemple, si le lac « Kraken Mare », dont la taille est estimée à 400 000 km², était rempli, il pourrait être cinq fois plus grand que le « Lac Supérieur » aux Etats-Unis. Toutes les taches sombres au pôle nord, identifiées comme étant des lacs, représentent plus de 510 000 km², soit 40 % de la Mer Caspienne, la plus grande mer terrestre.

Cependant, une étude récente suggère que les grands réservoirs présents à la surface ne sont pas assez importants pour réapprovisionner l'atmosphère sur une longue période supérieure à 10 millions d'années. De nouvelles observations laissent à penser qu'il pourrait exister des réservoirs souterrains contenant du méthane, ce qui pourrait compléter la quantité d'hydrocarbure nécessaire à la tenue d'une atmosphère aussi épaisse.

Titan est la seule lune du système solaire à posséder une atmosphère épaisse dans laquelle se produit une chimie organique complexe. Il reste de nombreuses questions en suspend, notamment celles concernant la période de sa formation et sur la durée de son existence.

Les scientifiques se penchent également sur les cycles saisonniers et les liens qu'il peut y avoir avec la météorologie et ce, dans l'espoir de mieux comprendre la distribution des liquides à la surface, notamment une prédominance pour les pôles que pour les latitudes plus basses où l'on retrouve plus de dunes. Les « tropiques » de Titan peuvent être plus secs parce qu'ils ne subissent que de brefs épisodes de précipitations au printemps avant que la lumière solaire ne se décale en été vers un pôle et en hiver vers l'autre. Dans les prochaines années, les scientifiques vont tenter d'identifier les nuages et les lacs provisoires qui se forment dans les régions équatoriales.

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