La fusée Rocket 3 face à un troisième échec successif

29-08-2021 Philippe VOLVERT

La troisième tentative de la société Astra pour rejoindre l’orbite s’est soldée par un échec la nuit dernière, suite à une panne de moteur.

Rocket 3.3, désignée LV0006, a été mise à feu samedi à 22 heures 35 TU sur la base de Kodiak en Alaska. Le besoin de temps supplémentaire pour procéder au chargement des ergols et la mise à jour des configurations logicielles a retardé le lancement prévu à l'ouverture de la fenêtre à 21 heures TU.

Aussitôt, l’un des cinq moteurs Delphin qui équipent le premier étage de la fusée tombe en panne, provoquant un déplacement latéral hors du pad de tir. Ce mouvement s’est poursuivi durant une vingtaine de secondes avant que Rocket 3.3 ne commence à monter.

L’ascension chaotique a pu se poursuivre durant un peu plus de deux minutes en raison de l’allègement de la fusée, au fur et à mesure qu’elle brûlait ses ergols. LV0006 est montée jusqu’à 50 kilomètres environ avant que l’ordre d’arrêt moteurs ne soit envoyé car la fusée se trouvait en dehors de sa trajectoire autorisée. Elle a fini par s’écraser dans l’Océan Pacifique au large des côtes d’Alaska sans causer de dommages.

Une heure trente après l'échec, Chris Kemp, cofondateur et directeur général d'Astra, a donné un début d’explications sur les causes de l’échec de la mission. Selon lui, l’un des moteurs serait tombé en panne moins d'une seconde après le décollage. « Le système de guidage a pu maintenir le contrôle », ce qui explique le mouvement latéral pendant quelques secondes.

La veille, la tentative de lancement avait été annulée au dernier moment en raison d’une montée en puissance des moteurs plus lente que prévue. Au stade actuel de l’enquête, il n’y a pas de raison de croire que les deux évènements soient liés selon Kemp.

Il n’y avait pas de vrai satellite sous la coiffe mais une charge utile factice désignée STP-27AD1 par l’US Air Force. Il s’agit de l’une des deux missions réservées par l’armée américaine dans le cadre d’un contrat dévoilé le 05 août dernier. La charge utile, qui devait prendre des mesures durant le vol, devait rester attachée à l’étage supérieur de la fusée.

Rocket, la fusée malchanceuse

Le lancement de la nuit dernière était le cinquième effectué par Astra Space et le cinquième à se solder par un échec. Parmi ces cinq lancements, trois étaient voués à un vol orbital. Au préalable, deux vols suborbitaux avaient eu lieu en 2018 pour valider le concept.

La première tentative pour rejoindre l’orbite terrestre devait avoir lieu en mars 2020. Malheureusement, le véhicule Rocket 3.0 (LV0003) est détruit lors d’un test quelques jours après un tir avorté. Il faudra plusieurs mois pour achever l’exemplaire suivant, tout en procédant à des améliorations.

Rocket 3.1 (LV0004) est lancée en septembre 2020 mais le vol est de courte durée suite à un problème avec le système de guidage de la fusée. Trois mois plus tard, Rocket 3.2 (LV0005) parvient presque à rejoindre l’orbite terrestre. Un arrêt prématuré du moteur du deuxième étage empêche d’atteindre la vitesse minimale de satellisation.

Tout comme pour les vols précédents, Astra Space a tenu compte des enseignements tirés de ses échecs. Rocket 3.3 est une version améliorée, par l’allongement des réservoirs, et corrigée de Rocket 3.2. LV0006 était le premier exemplaire de cette version standardisée qu’Astra compte mettre en production en vue d’une exploitation commerciale.

Sources

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