Angara, une longue attente récompensée

09-07-2014 Philippe VOLVERT

La Russie vient de réussir la mise en service une nouvelle gamme de lanceurs. Il est 12 heures en temps universel lorsque les 171 tonnes de la fusée Angara 1.2 s'arrachent du complexe de lancement numéro 35/1 du Cosmodrome de Plesetsk. Ici, aucune satellisation n'est prévue mais uniquement un vol suborbital destiné à tester les performances du dernier né russe. Le premier étage, équipé d'un moteur RD-191 consommant un mélange d'oxygène liquide et de kérosène, a fonctionné durant 3 minutes et 39 secondes avant de céder la place au second étage. Ce dernier, équipé d'un moteur quadri-tuyère RD-0124A, est une version modifiée de l'étage emprunté à la fusée Soyuz 2. Il a propulsé la fusée pendant 4 minutes et 28 secondes jusqu'à une altitude de 190 km. Il a poursuivi son vol balistique avant de retomber dans la zone prévue située dans la péninsule de Kamtchatka à 5 700 km du site de lancement.

Le succès du vol inaugural d'Angara met fin à une phase de développement de deux décennies, la plus longue de l'histoire de l'astronautique. C'est en effet en août 1992 que les Forces Spatiales Russes décident la mise au point d'un lanceur pouvant décoller depuis le territoire national, qui soit non polluant et capable placer en orbite une grande variété de charges utiles tant civiles que militaires. Il est entériné le mois suivant par le gouvernement russe sous le décret 716-53. RSC Energia et GKNPTs Khrunichev remettent leur proposition et c'est ce dernier qui est retenu. En janvier 1995, le Président Eltsine décrète le projet Angara comme capital et demande à ce qu'il soit opérationnel pour 2005. Au cours de la phase de développement, le concept sera revu à plusieurs reprises tout en gardant à l'esprit les critères originaux. Khrunichev, le maître d'oeuvre, souhaite même qu'il remplace à terme l'antique Proton réputée comme polluante et qui connaît depuis quelques années une série d'échecs. Souhaité pour 2005, Angara ne trouve son pas de tir qu'en 2014. De nombreux problèmes financiers ont largement contribué à ce délai particulièrement long. La patience russe, et notamment celle du Président Vladimir Poutine, aura été récompensée par un succès total pour un vol inaugural qui a connu plusieurs reports ces derniers jours en raison d'une anomalie technique.

Le concept d'Angara est celui qui a fait le succès d'Ariane 4 à son époque. Un lanceur modulable qui puisse être adapté à la mission qui lui est confiée. En partant d'un corps central baptisé URM-1 (Universal Rocket Module), il est possible de décliner ce lanceur en une famille en y ajoutant des propulseurs latéraux et an adaptant la partie supérieure. Ainsi, les performances en orbite basse peuvent passer de 2 à 35 tonnes suivant la configuration. L'une d'elle, Angara 5P, est même conçue pour transporter un futur vaisseau habité qui doit succéder à Soyuz. Plesetsk n'est pas le seul cosmodrome qui accueillera Angara. En remplacement de Baïkonour, la Russie implante un nouveau centre à Vostochny située dans la région de l'Oblast d'Amour. Le cosmodrome, qui aura coûté la bagatelle de 360 milliards EUR devrait être opérationnel en 2015.

Sources

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