New-Horizons nous dévoile Pluton

15-07-2015 Philippe VOLVERT

Après 9,5 années de voyage et plus de 6 milliards de kilomètres parcourus, la sonde New-Horizons a croisé la route de Pluton. Une rencontre furtive à la vitesse de 13,78 km/s et la distance de 12 500 km. Il était exactement 11 heures 49 minutes et 57 secondes. Elle a survolé une région claire bordée par une tache sombre qui ceinture l'équateur et que la NASA a déjà baptisé « la Baleine ». New-Horizons n'a pas attendu d'être à la porte du monde plutonien pour activer ses caméras et ses différents instruments. Voilà plusieurs semaines déjà qu'elle nous envoie des images et données scientifiques de ce monde étrange.

Le 09 avril dernier, News-Horizons a commencé à nous envoyer des images couleurs du couple Pluton/Charon. Dans un premier temps, elles étaient de piètre qualité et sans réel intérêt scientifique. Mais au fur et à mesure que la sonde se rapprochait de son objectif, Pluton et sa plus grande lune se dévoilaient. L'une des premières surprises de la mission est la forte dissemblance qu'il existe entre Pluton et Charon. Alors que la première est teintée de couleurs blanche et marron, la seconde tire vers les nuances de gris. Au fil des jours, des détails apparaissaient et les scientifiques tentaient d'expliquer ce qu'ils voyaient. La sonde a collecté des données qui permettent de dresser un premier portrait détaillé de Pluton. A quelques heures du survol, on savait que de l'azote s'échappait de l'atmosphère de Pluton à un niveau supérieur à celui attendu par les responsables de la mission. A la surface, peu de cratères sont visibles, ce qui suggère une surface remodelée « récemment » géologiquement parlant. Son diamètre a été mesuré à 20 km près et bonne nouvelle ! Pluton reprend sa place de leader des astres situés au-delà de l'orbite de Neptune avec ses 2 370 km. Il déclasse Eris et ses 2 326 km avec qui elle disputait la première place. Quant à Charon, dépourvue d'atmosphère, présente une surface plus ancienne sur laquelle ont été observés plusieurs cratères dont un de 96,5 km, datant de moins de 1 milliard d'années. De larges dépressions parcourent l'hémisphère Sud dont l'origine n'est pas encore connue.

Si les équipes se préparent depuis de longues semaines au jour J. C'est la veille que les choses sérieuses ont véritablement commencé. Lundi, New-Horizons a expédié vers la Terre les dernières données enregistrées désignées « Fail safe », dans le cas où la rencontre se passerait mal. Pluton n'était plus qu'à 700 000 km. Le programme scientifique de la rencontre devait s'étendre sur plusieurs heures. Après avoir survolé Pluton à 11 heures 50, la sonde devait croiser Charon 13 minutes plus tard à 28 858 km de distance. Tout en poursuivant sa route, elle s'est retournée pour pointer son spectromètre ultraviolet en direction de Pluton afin d'observer une occultation du Soleil. L'exercice devait permettre de déduire exactement la composition atmosphérique de la planète naine dont on sait qu'elle est essentiellement composée d'azote. Une minute plus tard, c'est la Terre qui était en occultation avec Pluton. Une occasion pour mieux préciser la densité atmosphérique ainsi que sa pression et sa température. Autant d'indicateurs qui varient fortement en fonction de la saison. La séquence d'occultations a été répétée avec Charon peu après 14 heures 15.

Pendant tout le survol, New-Horizons tournait le dos à la Terre, configuration qui ne permettait aucun contact avec les équipes au sol. Ce n'est que vers 20 heures 30 que la sonde a pu envoyer un premier lot de données télémétriques pendant une séquence de communications de 15 minutes. Il aura fallu 4 heures pour qu'il parvienne aux antennes du réseau Deep Space Network. A minuit 52, c'est le ouf de soulagement au Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory. Le survol s'est bien passé et la sonde est en excellente santé. Il ne reste plus qu'à récupérer toutes les données collectées pendant le survol, ce qui prendra 16 mois.

Si le survol de monde de Pluton était l'objectif principal de New-Horizons, sa mission n'est pas terminée pour autant. D'ici la fin de l'année, la NASA lui assignera une nouvelle cible située dans la ceinture de Kuipers. Deux astéroïdes ont été identifiés. Il s'agit de 2014 MT et de 2014 OS. Le premier est parti favoris car il demanderait moins d'énergie. La rencontre devrait avoir lieu à l'horizon 2019.

Sources

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