Le Grand Tour, la finale avec Neptune

25-08-2014 Philippe VOLVERT

Il y a 25 ans aujourd'hui, Voyager 2 croisait Neptune, la dernière planète du système solaire. Avec cet ultime rendez-vous céleste, elle mettait un point final à l'une des plus fantastiques aventures de l'exploration spatiale. L'histoire commence le 20 août 1977 à Cape Canaveral en Floride. Ce jour là, elle part à l'assaut des planètes géantes au sommet d'une fusée Titan. Pour les atteindre, les responsables de la NASA lui ont tracé une route qui doit l'emmener d'abord vers Jupiter, puis de là vers Saturne, puis Uranus et enfin Neptune. A chaque rencontre, la sonde profite de l'assistance gravitationnelle pour être projetée vers la planète suivante. Une véritable partie de billard cosmique de 12 ans avant qu'elle ne parvienne jusqu'à la huitième planète.

Tout comme les précédentes rencontres, celle avec Neptune sera remplie de surprises. Les premières observations à distance débutent dès le printemps 1989. Au fil des jours, la petite tache bleue devient plus grande et la planète commence à montrer des détails comme la Grande Tache Sombre, bordée de nuages blancs constitués de cristaux de méthane. Le vent y souffle à la vitesse vertigineuse de 2 400 km/h, ce qui en fait la tempête la plus rapide de tout le système solaire. Les scientifiques découvrent la présence d'anneaux entourant la planète dont l'existence n'avait jusque là jamais été prouvée. Ils sont constitués de particules de poussière très fines.

Le 25 août 1989, la sonde passe à seulement 4 500 km du pôle Nord de la planète. Mais la surprise viendra essentiellement de Triton, sa principale lune. Large de 2 700 km environ, elle est un cas unique dans les lunes de grande taille puisqu'elle effectue une orbite autour de sa planète mère dans le sens rétrograde. Cette singularité laisse à penser que Triton n'est pas une lune qui s'est formée dans l'environnement de Neptune mais serait un corps gelé provenant de la Ceinture de Kuiper et capturé par la planète. Sa composition fort similaire à Pluton corroborerait cette théorie. L'un des aspects étonnants de Triton est une très faible présence de cratères, ce qui suggère une surface remodelée récemment à l'échelle géologique. Voyager 2 y a également détecté la présence d'une atmosphère composée presque uniquement d'azote alimentée par la sublimation de la glace présente à la surface. Sur les clichés, on observe des traces noires qui ont pour origine des geysers de vapeurs d'azote sortant sous pression et montant jusqu'à 8 km d'altitude. Les panaches sont ensuite déportés par le vent avant de retomber à la surface.

Au cours de la traversée du système neptunien, Voyager 2 découvre six nouvelles lunes dont la taille varie entre 58 et 416 km. Elles sont été baptisées Naïade, Thalassa, Despina, Galatea, Larissa et Proteus et tirent leur nom des divinités marines dans la mythologie grecque ou romaine.

En octobre 1989, soit deux mois après son passage au plus près de Neptune, Voyager 2 cesse ses observations et poursuit sa course vers l'ultime frontière, celle qui nous sépare de l'espace intersidéral. Dans environ 40 000 ans, la sonde entrera dans la constellation d'Andromède et croisera l'étoile Ross 248 à 1,7 année-lumière de distance. D'ici là, les batteries auront été épuisées et Voyager 2 ne sera plus qu'une bouteille jetée dans l'univers, ultime message de l'Humanité vers une autre civilisation.

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