De la phosphine découverte dans l'atmosphère de Vénus

15-09-2020 Philippe VOLVERT

Une équipe internationale d'astronomes, menée par le professeur Jane Greaves de l'Université de Cardiff, a annoncé lundi soir lors d'une conférence de presse, la découverte de phosphine dans l'atmosphère de Vénus. La détection de ce gaz rare a été faite par le télescope James Clerk Maxwell à Hawaï puis confirmée par l'observatoire Atacama Large Millimeter Array au Chili. La conférence fait suite à un article publié dans la revue Nature Astronomy plus tôt dans la journée.

Sur Terre, la phosphine n'est produite qu'industriellement ou par des microbes qui se développent dans des environnements sans oxygène. Elle est le résultat chimique d'une combinaison entre trois atomes d'hydrogène et un atome de phosphore. Il s'agit d'un gaz incolore, légèrement plus lourd que l'air, mortellement toxique et extrêmement inflammable.

La phosphine a été détectée dans les hautes couches atmosphériques de Vénus, à environ 50 km d'altitude. A cette hauteur, on y trouve des nuages riches en acide sulfurique mais surtout une température et une pression proches de ce que l'on trouve sur Terre. Elle est présente dans l'atmosphère de la planète à raison d'une vingtaine de molécules par milliard. Autrement dit, elle est rare mais suffisamment importante que pour être détectée par les instruments les plus sophistiqués.

Des pistes pour la présence de phosphine sur Vénus ?

Les scientifiques ont tenté d'expliquer la présence et la quantité de phosphine découvertes dans l'atmosphère par des mécanismes non-vivants, c'est-à-dire issus d'un processus naturel sur Vénus. Parmi les processus étudiés, on peut citer l'action de la lumière du Soleil, les minéraux remontant de la surface, les volcans, la foudre ou la chute d'une météorite, mais aucun de ces éléments ne peut en produire suffisamment. Les simulations ont démontré que tout au plus, il était possible de produire au maximum un dix millième de la quantité de phosphine que ce que les télescopes ont détecté.

Après avoir éliminé de nombreuses pistes, une origine biologique ne semble pas dénuée de sens. Toutefois, les auteurs de la publication tempèrent néanmoins la découverte en affirmant que « même si elle est confirmée, nous soulignons que la détection de PH3 n'est pas une preuve solide pour la vie, seulement pour une chimie anormale et inexpliquée ». Des processus géologiques ou chimiques inconnus sur Terre peuvent très bien exister sur Vénus.

Au cours de la conférence, les scientifiques ont rappelé qu'ils n'avaient pas détecté de la vie dans l'atmosphère de Vénus mais la présence d'un gaz dont ils n'arrivent pas encore à expliquer l'origine aujourd'hui. Malgré tout, l'hypothèse d'une forme de vie à l'origine de la phosphine n'est pas à écarter mais reste une option comme une autre.

Dans un premier temps, il faudra confirmer ou infirmer la présence de la phosphine avec des instruments plus sophistiqués, voire aller sur place pour sonder l'atmosphère de Vénus. Par la suite, il faudra éliminer toutes les hypothèses possibles quant à la présence de ce gaz avant d'envisager la présence d'une forme de vie microbienne.

Il n'est pas exclu que l'annonce faite hier soir soit l'élément déclencheur d'une nouvelle vague d'exploration de notre proche voisine. Deux des quatre prochaines missions candidates pour le programme Discovery de la NASA sont axées sur Vénus, tout comme la mission européenne EnVision, dont la NASA est partenaire.

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