VEGA clouée au sol par un nouvel échec

17-11-2020 Philippe VOLVERT

Deux mois et demi après un retour en vol réussi, VEGA se retrouve clouée au sol suite à l’échec de la mission VV17. Un examen préliminaire de la télémétrie s’oriente vers une erreur humaine comme cause la plus probable à l’origine de l’accident.

La fusée européenne a pris envol dans la nuit de lundi à mardi avec deux satellites à son bord. Le décollage a eu lieu à 01 heures 52 TU depuis le Centre Spatial Guyanais. Les trois premiers étages ont fonctionné de façon nominale, propulsant la fusée jusqu’à une altitude de 210 km à la vitesse de 7,56 km/s.

Huit minutes après le décollage, le moteur du quatrième étage AVUM s’est allumé une première fois conformément au plan de vol. Aussitôt, l’indicateur de vitesse a cessé de croître, suivi une poignée de secondes plus tard par celui de l’altitude. Il faudra encore attendre une minute avant de voir la courbe de la trajectoire commencer à s’infléchir.

L’échec est confirmé plus tard dans la nuit par Arianespace. Dans un communiqué, la société européenne a expliqué qu’une « dégradation de la trajectoire a été constatée, entraînant la perte de la mission ».

L’échec de la mission VV17 intervient seize mois à peine après celle de VV15, qui avait provoqué la perte du satellite émirati Falcon Eye 1. Entretemps, VEGA avait repris du service avec le lancement parfait de 53 microsatellites en août dernier.

Deux satellites scientifiques européens perdus

Sous la coiffe de la fusée européenne se trouvait SEOSat-Ingenio et TARANIS. Ils devaient être livrés sur une orbite héliosynchrone culminant à environ 675 km d’altitude.

SEOSat-Ingenio est le premier satellite d’observation de la Terre espagnol. La mission était financée par l’Espagne mais développée par l’Agence Spatiale Européenne. Le satellite était équipé de deux caméras haute résolution capables de fournir des images de la Terre avec une résolution de 2,5 mètres en mode panchromatique et d'une résolution de 10 mètres pour le mode multispectral. SEOSat-Ingenio devait servir dans divers domaines comme la cartographie, la gestion des ressources naturelles, la surveillance environnementale entre autres.

TARANIS(Tool for the Analysis of RAdiation from lightNIng and Sprites) est le premier satellite conçu pour observer les phénomènes électromagnétiques radiatifs et lumineux survenant à des altitudes comprises entre 20 et 100km au-dessus des orages. La mission a été conçue par l’agence spatiale française CNES pour un montant de 115 millions €.

Un début d’explication

Après un premier dépouillement de la télémesure transmise par la fusée durant son vol, Arianespace a pu identifier la cause de l’anomalie qui a conduit à la perte de la mission VV17.

Un problème lié à l'intégration du système d'activation de la tuyère du quatrième étage AVUM est la cause la plus probable à l’origine de la perte du contrôle du lanceur. Deux câbles semblent avoir été inversés par erreur, inversant les commandes de pilotage de la tuyère du moteur.

Une commission d’enquête indépendante va être mise sur place dès mercredi pour valider les causes exactes de l’accident. Si le scénario actuel se confirme, elle devra déterminer les raisons pour lesquelles l’erreur de montage n’a pu être détectée puis corrigée.

La commission, présidée par Daniel Neuenschwander, Directeur du transport spatial à l’ESA et Stéphane Israël, Président exécutif d’Arianespace, remettra son rapport dans les prochaines semaines.

Sources

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