Un observatoire du climat depuis l'espace lointain

12-02-2015 Philippe VOLVERT

Etudier le climat de notre planète depuis l'espace lointain. Telle est la mission de DSCOVR lancée la nuit dernière par Falcon 9. La fusée a décollé à 23 heures 03 TU depuis la rampe de lancement 40 à Cape Canaveral en Floride. Trente-cinq minutes plus tard, le satellite était injecté sur une orbite parking dont l'apogée était particulièrement élevée puisqu'il culminait à 1,24 million de km. De là, il mettra 110 jours pour rejoindre son poste de travail sur le point Lagrange L1 situé à une distance d'1,5 million de kilomètres de la Terre.

DSCOVR est l'acronyme de Deep Space Climate Observatory. Il s'agit d'une mission menée par la NASA en collaboration avec la NOAA et l'US Air Force. Initiée par Al Gore en 1998, il aura fallu près de 20 ans pour qu'elle aboutisse. Fortement engagé dans le domaine du réchauffement climatique, le Vice Président américain souhaitait impliquer le public sur ce thème en disposant d'un satellite qui fournirait une image actualisée de notre planète vue depuis l'espace. Au cours de son développement, des objectifs scientifiques sont venus se greffer sur la mission initiale afin d'évaluer les principaux paramètres susceptibles de modifier le système climatique terrestre. Malheureusement, le projet s'est vite retrouvé bloqué par le clivage gauche/droite de la politique américaine. Soutenu par les Démocrates, DSCOVR était largement décrié par le parti Républicain qui y voyait plus une vitrine politique qu'un réel intérêt scientifique. Pourtant dans un rapport, le National Academy of Sciences estimait cette mission comme vitale. Malgré l'avis favorable du comité, les Républicains refusent de voter le budget nécessaire à la poursuite du développement de la mission. Le satellite est stocké en attendant le financement nécessaire. Il faudra attendre l'arrivée d'Obama à la Maison-Blanche pour débloquer la situation. Le budget est débloqué en s'appuyant sur le fait que DSCOVR pourrait remplacer l'observatoire spatial solaire ACE lancé en 1997. Espéré pour 2003, il faudra attendre 2015 pour que DSCOVR puisse prendre le chemin de l'espace.

DSCOVR est un engin de 570 kg construit par la Nasa. Il est basé sur une plate-forme SMEX-Lite développée pour les petits satellites du programme Explorer. Il est équipé de trois radiomètres, d'un spectromètre à électrons, d'une cavité de Faraday pour traquer les vents solaires et les éjections de masse coronale provenant du Soleil qui sont responsables des perturbations électromagnétiques de nos appareils électriques. Un télescope de 30 cm d'ouverture complète le package scientifique. Il est spécialisé dans les observations dans les longueurs d'ondes allant du proche infrarouge à l'ultraviolet. Il servira notamment à mesurer les niveaux globaux d'ozone, les aérosols, la hauteur des nuages au-dessus des continents et des océans, la couverture végétale, les émissions d'ozone et d'aérosols. La mission, d'un coût de 340 millions $, devrait durer au moins 2 ans.

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