Succès pour le démonstrateur européen

11-02-2015 Philippe VOLVERT

L'Europe vient de franchir une étape importante dans le développement d'un futur système de transport spatial réutilisable avec le succès de la mission IXV. L'engin a pris son envol au départ de Kourou au sommet d'une fusée VEGA. Le lancement a eu lieu à 13 heures 40 TU avec un retard de quelques minutes sur l'horaire prévu en raison d'une anomalie détectée sur un équipement au sol. Pour sa quatrième mission, le dernier né des lanceurs européens devait emprunter une trajectoire suborbitale. Dix sept minutes et quarante neuf secondes après le décollage, l'IXV était séparé à une altitude de 340 km. Il a poursuivi sa course jusqu'à une altitude de 412 km avant d'entamer la partie cruciale de la mission, la rentrée atmosphérique. Bardé de 300 capteurs de tous types, l'engin a effectué sa descente en vol plané à la vitesse de 7,5 km/s. Durant cette phase, il a exécuté des manoeuvres de décélération qui l'ont fait passer d'une vitesse hypersonique à une vitesse supersonique. Doté d'un bouclier thermique, il a pu résister à des températures avoisinant les 1 600°C. A une vingtaine de km d'altitude, un premier parachute s'est déployé, suivi d'un autre quelques minutes plus tard pour réduire sa vitesse à 6 m/s en vue d'un amerrissage en douceur dans l'Océan Pacifique. Des airbags se sont déclenchés pour lui permettre de flotter le temps que le navire Nos Aries fasse route pour le récupérer. Il sera ensuite rapatrié au centre technique de l'ESA implanté aux Pays-Bas pour expertise.

Concrètement, qu'est-ce que l'IXV ? IXV sont les initiales d'Intermediate eXperimental Vehicle. Il s'agit d'un engin de 5 m de long pour 2,2 m de large et 1,5 m de haut pensant 1,85 tonne. C'est en juin 2009 que l'ESA signe avec Thales Alenia Space l'accord pour la réalisation d'un engin expérimental destiné à simuler une rentrée atmosphérique aux conditions identiques à celles que rencontrerait un vaisseau revenant d'une orbite terrestre basse. Il s'agit avant tout pour l'Europe de se doter d'une capacité de rapatrier un engin spatial avec en ligne de mire les vols habités mais également l'exploration du système solaire avec la récupération d'échantillons provenant d'une autre planète. Hors, avec l'abandon de l'avion spatial Hermès en 1992 et l'unique vol de la capsule inhabitée ARD en 1998, l'agence spatiale européenne manque cruellement de compétences dans ce domaine. Avec l'IXV, elle espère combler ce vide qui lui fait défaut pour les projets avenirs, notamment l'ISV (Innovative Space Vehicle), développé dans le cadre du programme PRIDE Program for Reusable In-Orbit Demonstrator in Europe) et qui devrait voir le jour à l'horizon 2020. Contrairement à l'IXV, l'ISV devrait être réutilisable et aurait une capacité à transporter un ensemble d'instruments scientifiques ou de démonstration technologique.

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