SpaceX réussit sa première mission commerciale

04-12-2013 Philippe VOLVERT

Après deux reports en raison de problèmes techniques, Falcon 9 V1.1 a réussi son lancement en plaçant sur orbite de transfert géostationnaire le satellite SES 8. La fusée a décollé à 22 heures 41 TU du pas de tir 40 à Cape Canaveral en Floride. Trente-trois minutes plus tard, elle injectait son passager sur l'orbite visée.

SES 8 est un satellite de télévision directe de 3 138 kg. Il a été construit par Orbital Sciences pour le compte de l'opérateur luxembourgeois SES. Il utilise une plate-forme Star-2.4 équipée de 33 répéteurs fonctionnant en bande Ku. Il doit rejoindre la position 95° Est où il arrosera la région asiatique de programme télévisés et viendra en renfort pour le satellite NSS 6. .

Ce joli succès, un de plus à mettre sur le compte de la start-up, est un évènement important dans le monde de l'astronautique. Pour la première fois, le marché des satellites de télécommunications dispose d'un lanceur non gouvernemental avec un prix défiant toute concurrence. Alors qu'Ariane 5 et Proton alignent des prix avoisinant les 22 millions $/tonne, Falcon 9 propose le même service à 12 millions $. Falcon 9 pourrait-elle faire de l'ombre aux deux monuments installés depuis longtemps ? Seul l'avenir nous le dira mais ce n'est pas impossible. Tout d'abord, la fusée de SpaceX est récente et doit, malgré ses 7 succès consécutifs, encore faire la preuve de sa fiabilité. N'oublions pas qu'Ariane 5 les aligne depuis 11 ans ! Sur ce point, il n'est pas certain que Proton connue pour ses dysfonctionnements répétés ne puisse pas souffrir de cette nouvelle concurrence. Ensuite, la nouvelle venue à une capacité de 4,85 tonnes sur l'orbite de transfert géostationnaire contre 6 pour Proton. Seule Ariane 5 peut faire vraiment mieux avec ses 10 tonnes répartis entre 2 satellites. Mais ce n'est pas forcément un avantage et pour cause. Il faut impérativement que les deux satellites soient prêts en même temps. Hors le vol VA216 programmé pour début décembre a été reporté à janvier prochain en raison d'une indisponibilité de l'un des deux passagers contraignant l'autre client à attendre. Un tel retard a un coût pour le client qui pourrait à l'avenir mettre une option sur Falcon 9 si un créneau se dégageait à la période voulue dans le cas où Ariane 5 ne pourrait partir. Pour l'heure, cela reste envisageable pour les satellites dont la masse est inférieure à 5 tonnes mais pourrait s'étendre au-delà lorsque Falcon Heavy entrera en service l'an prochain et dont les performances seront de 23 tonnes sur l'orbite de transfert géostationnaire. Enfin, Falcon 9 a un carnet de commandes bien rempli. Entre les lancements pour la NASA dans le cadre du programme COTS de ravitaillement de la station spatiale et les satellites programmés, il ne reste plus beaucoup de place pour de nouveaux arrivants. Une belle bataille commerciale s'annonce dans les prochaines années et il n'est pas certain qu'Arianespace et International Launch Services n'y perdent pas quelques plumes.

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