Premier test réussi pour la fusée indienne

19-12-2014 Philippe VOLVERT

L'Inde vient de réussir en une seule mission, un double pari: celui de tester en vol sa nouvelle fusée et celui de récupérer un prototype à l'échelle réduite de son futur vaisseau habité.

GSLV Mk-III, un monstre de 630 tonnes au décollage, a pris son envol depuis le second pas de tir au centre spatial de Sriharikota. La mise à feu est intervenue à 04 heures TU ce jeudi sans le moindre retard dans la chronologie finale. Pour le vol inaugural de GSLV Mk-III, aucune mise sur orbite n'était prévue. Néanmoins, il représentait une étape importante dans le développement de ce nouveau lanceur. Seul l'étage supérieur cryogénique n'était pas fonctionnel et n'a donc pu être testé. Ce sera chose faite en 2016 lors du prochain vol.

La nouvelle fusée indienne reprend une architecture identique à celle d'Ariane 5 ou encore H-IIA. Le corps central est équipé de 2 moteurs Vikas consommant un mélange UH25/N2O4 et développant une poussée totale de 1 500 kN pendant 205 secondes. Ils sont allumés 2 minutes après le décollage, juste avant la séparation des propulseurs latéraux. Ces derniers sont les plus gros au monde après ceux d'Ariane 5 et c'est sur eux que reposent les deux premières minutes de vol. Ensemble, ils développent une poussée de 14 000 kN durant 129 secondes. Lorsque la GSLV Mk-III sera pleinement opérationnelle, un étage supérieur à propulsion cryogénique assurera la dernière phase de vol jusqu'à la satellisation. Le moteur devrait pousser durant un peu plus de 9 minutes sous l'impulsion du moteur CE-20 de 200 kN de poussée. Au décollage, l'ensemble devrait peser jusqu'à 630 tonnes. La capacité de la fusée doublera par rapport à la GSLV Mk-II actuellement en service puisqu'elle atteindra 4 tonnes sur l'orbite de transfert géostationnaire.

Pour ce vol d'essai, la fusée transportait le véhicule de démonstration CARE (Crew module Atmospheric Reentry Experiment). Il s'agit d'un vaisseau automatique préfigurant le futur vaisseau habité national. Il pèse 3735 kg et mesure 3,1 m de diamètre sur 2,68 m de longueur. Il devait permettre d'étudier le comportement du vaisseau lors du lancement et tester le bouclier thermique lors de la rentrée atmosphérique. Cinq minutes après le décollage, il est séparé du lanceur à la vitesse de 5,3 km/s à une altitude de 126 km. L'engin est ensuite orienté afin de présenter le bouclier vers le bas pour son retour. La descente dure un quart d'heure avant le touché dans les eaux de l'Océan Indien à 180 km au large des îles Andaman où il est récupéré par les gardes-côtes indiens.

Ce n'est pas la première fois que l'Inde teste la récupération d'un engin. En 2007, une petite capsule avait effectué un vol de 12 jours dans l'espace avant d'être récupérée. Bien que rien ne soit encore lancé officiellement dans le domaine des vols habités, le succès de la mission de CARE devrait donner de l'eau au moulin des responsables de l'agence spatiale indienne qui souhaite voir l'Inde devenir l'une des puissances spatiales sur laquelle on peut compter à l'avenir.

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