Nouvel accroc pour Proton

16-05-2014 Philippe VOLVERT

A peine 10 mois après la spectaculaire explosion d'une fusée russe Proton quelques secondes après son décollage, la voici à nouveau clouée au sol suite à la panne de son troisième étage. Pourtant le vol avait bien commencé la nuit passée au cosmodrome de Baïkonour avec un départ à l'heure depuis le pas de tir 200/39. Les deux premiers étages se sont relayés sans le moindre problème. Proton, qui accusait une masse de 703 tonnes au décollage, ne pèse plus que 87 au bout de 5 minutes et 27 secondes de vol lorsque le troisième étage entre en action. Son moteur devait assurer la propulsion durant 4 minutes et 14 secondes. Mais au bout de 3 minutes 23, il s'arrête brusquement, conduisant la fusée sur une trajectoire balistique avec un impact à l'Est de la Russie. L'échec est confirmé plus tard dans la soirée par l'agence spatiale russe. Dans une conférence de presse, le patron de Roskosmos a affirmé que l'extinction du moteur est intervenue après que l'ordinateur de bord ait détecté une perte de contrôle sur l'un des quatre moteurs verniers qui assurent l'orientation de l'étage. Ce dernier se serait consumé en pénétrant dans les hautes couches de l'atmosphère avec sa précieuse cargaison à une altitude de 160 km environ.

Sous la coiffe du lanceur se trouvait le satellite Ekspress AM-4R destiné à remplacer Ekspress AM-4 perdu en août 2011 lors d'un précédent échec de Proton. Il avait été commandé en 2012 par l'opérateur russe RSCC auprès d'Airbus & Space. Il était constitué d'une plate-forme Eurostar-3000 sur laquelle avaient été montés 63 répéteurs fonctionnant en bande Ku, L, C et Ka, lui conférant une masse au décollage de 5,8 tonnes. Il était prévu de le positionner par 80°Est d'où il devait assurer des services de télécommunications pendant au moins 15 ans. La perte du satellite s'élève à 200 millions d'euros.

Une nouvelle fois, la fiabilité de la fusée russe est remise en question. Ce nouvel échec est le 9ème incident sur les 91 vols réalisés ces 10 dernières années. C'est beaucoup, beaucoup trop pour un lanceur opérationnel depuis un demi siècle. Même si l'origine des pannes est technique, il faut également rechercher du côté de Krunitchev. Bien souvent, la qualité du travail des équipes de la chaîne de montage est remise en cause. En juillet dernier, trois câbles avaient été montés à l'envers par un technicien mais ni le chef d'équipe, ni le responsable qualité n'avait vérifié les branchements. La fusée s'était écrasée à 2 km du pas de tir. En décembre 2010, les techniciens avaient surchargés le dernier étage en ergols. Trop lourd, il n'avait pu maintenir sa trajectoire, provoquant la perte de 3 satellites du programme Glonass. Entretemps, d'autres incidents sont venus émailler les vols Proton. Force est de constater qu'il y a un problème plus profond chez le constructeur russe et qui est à l'origine des échecs répétés. Reste à savoir quand les responsables auront le déclic qui permettra de fiabiliser l'un des lanceurs les plus performants au monde.

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