Le vol inaugural de Rocket 3.1 a tourné court

12-09-2020 Philippe VOLVERT

On attendait depuis le mois de mars la mise en service de Rocket 3, développée par la société californienne Astra. Après un nombre impressionnant de reports, la fusée a finalement pris son envol samedi à 03 heures 19 TU depuis la base de Kodiak en Alaska. Au bout de quelques secondes de vol, les moteurs du premier étage se sont arrêtés, provoquant la chute de la fusée. Elle finit par s'écraser non loin de son pas de tir dans une gigantesque explosion.

Dans la journée, la startup Astra a publié un communiqué, dévoilant les premiers indices expliquant les causes de l'accident. « L'examen préliminaire des données indique que la fusée a très bien fonctionné. Au début du vol, notre système de guidage semble avoir introduit une légère oscillation dans le vol, ce qui a fait dériver le véhicule de sa trajectoire prévue, entraînant un arrêt commandé des moteurs par le système de sécurité du vol. »

Astra a construit trois exemplaires de sa fusée Rocket 3 pour les essais en vol, avant de produire des versions améliorées. Rocket 3 est destinée aux orbites basses avec une capacité de 150 kg environ.

Un vol inaugural émaillé d'incidents

Le premier vol orbital de Rocket devait avoir lieu en mars 2020 avec trois satellites, dans le cadre du programme DARPA Launch Challenge. Le concours organisé par l'agence américaine DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) visait à démontrer la capacité des petits fournisseurs de lancement à proposer des délais très courts à une demande de lancement pour des missions militaires utilisant des nanosatellites ou des petits satellites. Après plusieurs reports, la mission Rocket 3.0 n'a pu se faire durant la période impartie par la DARPA et les satellites ont été rendus à leurs propriétaires.

Malgré ce revers, Astra a maintenu le vol inaugural de sa fusée mais cette fois sans charge utile. Cependant, au cours d'une répétition générale quelques jours plus tard, une anomalie s'est produite sur le pad de tir entraînant la destruction du véhicule.

La perte du premier des trois exemplaires de la microfusée n'a pas entamé la détermination de la startup à poursuivre ses ambitions. Le second exemplaire (Rocket 3.1) est conduit sur le pas de tir pour un lancement au début du mois d'août. Malheureusement, les conditions météorologiques et les problèmes techniques vont s'accumuler, forçant Astra à reporter le vol inaugural à sept reprises.

C'est finalement dans la nuit de vendredi à samedi que Rocket 3 a pu enfin prendre son envol. Comme l'avait annoncé Astra, aucune retransmission en direct n'était assurée. Toutefois, il était possible de suivre l'état d'avancement de la chronologie sur le compte twitter de la société. Le vol n'aura duré qu'une poignée de secondes avant de s'achever prématurément.

Au cours des prochaines semaines, Astra analysera les données du vol pour déterminer les causes exactes de l'accident. La société apportera les modifications nécessaires pour lancer Rocket 3.2 dans les plus brefs délais.

2020, une mauvaise année pour les lanceurs

Quelques heures après l'échec de « Rocket », c'était au tour de Kuaizhou 1A de connaître un sort identique. La fusée chinoise a rencontré un problème durant la phase de propulsion de son quatrième étage, conduisant à la perte du satellite Jilin-1 Gaofen-02C qu'elle transportait.

Avec ces deux échecs successifs, 2020 s'annonce comme la pire année en matière de fiabilité des lanceurs. A ce jour, 72 lancements ont été effectués dont 8 se sont soldés par un échec, soit un taux de satellisation de 88,6 %. Il faut remonter à 1969 pour retrouver un taux aussi bas. Actuellement, deux-mille vingt égalise avec 1982 pour le nombre d'échecs au lancement. La triste palme est détenue par la Chine avec 4 des 8 échecs recensés cette année.

Sources

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