La fusée de Virgin Orbit rate son premier lancement

25-05-2020 Philippe VOLVERT

Le vol inaugural de la fusée LauncherOne de Virgin Orbit, société du groupe Virgin de Richard Branson, s'est soldé par un échec aujourd'hui soir peu après son lancement.

La veille, une première tentative avait été annulée quelques heures avant le départ en raison d'un problème de capteur. Tout était rentré dans l'ordre ce matin pour un second essai. A 18 heures 58 TU, le Boeing 747-400 Cosmic Girl s'est élancé du désert de Mojave, transportant sous son aile gauche la fusée LauncherOne.

Directement après le décollage, l'avion porteur a pris la route plein sud-ouest jusqu'au point de chute, situé juste au sud des îles formant le Channel Islands non loin des côtes californiennes. A 19 heures 50 TU, les deux pilotes aux commandes du Boeing 747-400 ont largué la fusée comme prévu. Au bout de trois secondes de chute libre, LauncherOne devait allumer son moteur pour poursuivre son vol jusqu'à l'orbite visée. Il semble que ce soit à ce moment là que les choses ont mal tourné. Au moment d'écrire ces lignes, aucune information n'a encore été dévoilée. Dans un Tweet, Virgin Orbite annonce l'échec de la mission et le retour au bercail et en bonne santé de Cosmic Girl et de son équipage.

Pour son premier lancement, LauncherOne transportait une charge utile factice simulant la masse d'un satellite. Plusieurs clients, dont la NASA et l'armée américaine, ont montré un intérêt certain pour le projet et avaient déjà réservé une place à bord de la deuxième fusée. Suite à l'échec du vol inaugural, la mise en service opérationnel pourrait être retardée de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois.

Le projet LaucherOne

Après un effort de développement de huit ans, Virgin Orbit a conçu sur ses propres fonds un lanceur à propulsion liquide capable de placer sur orbite une charge utile allant jusqu'à 500 kg. Mais contrairement à tous les systèmes visant le marché des petits satellites, Virgin Orbit est le seul à proposer un système aéroporté.

En effet, LauncherOne ne décolle pas depuis une rampe de lancement mais est largué par un Boeing 747-400 depuis une altitude de 10,7 km. Une fois suffisamment éloignée de l'avion porteur, la fusée assume le reste du vol jusqu'à la satellisation.

LauncherOne est une fusée à deux étages de 21 m de long pour 26 tonnes au moment du largage. Chaque étage est équipé d'un système de propulsion utilisant un mélange de kérosène et d'oxygène liquide. Le premier étage est propulsé par un moteur N3 de 327 kN de poussée. Il assure les trois premières minutes du vol avant de laisser place au moteur N4 du second étage. Le N4 fournit une poussée de 22 kN pendant six minutes et avec une capacité de réallumage.

L'avion porteur est un Boeing 747-400 qui a une longue carrière derrière lui. De 2001 à 2015, il est exploité par Virgin Atlantic pour les vols transatlantiques en assurant les liaisons entre Londres et San Francisco. En 2015, il est vendu à Virgin Galactic pour servir de plate-forme de lancement à LauncherOne. La société le cède deux ans plus tard à sa filiale Virgin Orbit en vue de son exploitation comme système de lancement.

LauncherOne n'est pas le premier projet du genre à voir le jour. Au milieu des années 50, l'US Navy a tenté à plusieurs reprises de placer un petit satellite sur orbite grâce à sa fusée aéroportée NOTS-EV1, larguée par un avion F-4D1 Skyray. Le projet s'est soldé par un échec complet des six tentatives orbitales. A la fin des années 80, Orbital Sciences Corporation, englobée depuis dans le groupe Northrop Grumann, a repris l'idée avec sa fusée Pegasus. Malgré une fiabilité importante, le rythme des lancements s'est fortement ralenti depuis 2008. L'émergence d'autres moyens de lancement et les coûts de son exploitation, qui ont doublé depuis sa mise en service, expliquent le nombre réduit de vols.

Virgin Orbit propose sa fusée pour un coût de 12 millions $ par lancement. Au départ du port d'attache de Long Beach en Californie, le Boeing 747 peut rallier l'un des aéroports équipés de tout le nécessaire pour assurer le bon déroulement d'une mission. A l'heure actuelle, Virgin Orbit peut compter sur le Mojave Air and Space Port dans le Sud de la Californie, la base navale de Guam à Apra Harbor sur l'île de Guam dans le Pacifique ou encore la classique base de Cape Canaveral en Floride.

Pour rentabiliser son projet, Virgin Orbit annonce pouvoir sortir 24 fusées d'usine par an. Si tel est le cas, la compagnie sera en mesure d'effectuer un lancement toutes les deux semaines.

Sources

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