La Chine et le privé spatial

17-08-2019 Philippe VOLVERT

Tôt ce matin, la Chine a procédé au premier lancement de la fusée Jielong-1 depuis le centre spatial de Jiuquan, situé dans le désert de Gobi. La mission s'est achevée quelques minutes plus tard par la mise sur orbite parfaite des trois satellites embarqués.

Le succès du vol inaugural de Jielong-1 propulse la société ChinaRocket Corporation Limited au rang d'opérateur spatial privé, au même titre que SpaceX ou encore RocketLab. ChinaRocket Corporation Limited est une filiale de la CALT (China Academy of Launch Vehicle Technology), dépendant de la CASC (China Aerospace Science and Technology Corporation).

L'architecture de Jielong-1 s'articule autour des moteurs à propulsion solide. La fusée chinoise est constituée de quatre étages à poudre donnant une hauteur de 19,5 m et une masse de 23,1 tonnes au décollage. Jielong-1 a été conçue pour être « rapide, agile et flexible » et capable de placer 150 kg en orbite basse à une altitude culminant à 700 km.

Jielong-1 présente une particularité inédite dans le monde des lanceurs spatiaux. Si dans la majorité des cas, la charge utile est logée au sommet de la fusée, ce n'est pas le cas ici. Les satellites sont fixés au dernier étage de la fusée mais celui-ci est assemblé tête en bas. Avant d'allumer son moteur, il doit pivoter de 180 degrés de façon à être orienté dans le bon sens.

Selon certaines sources, trente lancements sont déjà réservés pour Jielong-1 dont trois rien que pour l'année 2019. L'avenir semble donc radieux pour ce nouveau venu dans la cours des lanceurs spatiaux.

Une myriade de startups spatiales

ChinaRocket Corporation Limited n'est pas la seule dans l'Empire du Milieu à vouloir se lancer dans l'exploitation d'un lanceur à des fins commerciales. En Chine, d'autres sociétés ont vu le jour avec le même objectif.

LandSpace a été créée en 2015 par l'Université Tsinghu. Dans un premier temps, elle a consacré une partie de ses ressources pour développer le lanceur ZhuQue-1 d'une capacité de 200 kg sur une orbite héliosynchrone culminant à 500 km d'altitude. Après un premier vol qui s'est soldé par un échec en octobre 2018, le motoriste de la fusée a résilié son contrat avec LandSpace, mettant probablement un terme à la carrière de ZhuQue-1. Toutefois, la société planche sur ZhuQue-2, un lanceur beaucoup plus ambitieux dont les performances orbitales approcheraient celles de la série des Chang-Zheng 2.

Créée la même année que LandSpace, OneSpace propose la fusée à propergols solides baptisée OS-M 1 qui est en mesure de placer sur une orbite basse une charge utile variant entre 120 et 205 kg. Des versions plus performantes du micro-lanceur devraient voir le jour dans les prochaines années. Le premier vol d'OS-M s'est soldé par un échec en mars 2019.

La CASIC (China Aerospace Science and Industry Corporation) a développé la gamme des fusées Kuaizhou pour permettre des lancements avec un délai de réaction court. Exploitées depuis 2013, elles sont commercialisées depuis 2016 par la société ExPace Technology Corporation sous la référence Fei Tian. Kuaizhou 11 peut transporter jusqu'à 1 000 kg en orbite héliosynchrone contre 200 kg pour la version Kuaizhou 1A.

iSpace mise sur les lanceurs Hyperbola connu également sous l'appellation Shian Quxian. Dérivé d'un missile militaire, Hyperbola est entré en service en juillet 2019 avec la mise sur orbite réussie de trois satellites au départ de la base de Jiuquan. Hyperbola peut transporter une charge utile de 260 kg sur une orbite héliosynchrone à une altitude de 500 km.

Sources

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