Echec du lancement d’une fusée indienne suite à la panne de l’étage supérieur

12-08-2021 Philippe VOLVERT

La fusée indienne GSLV a souffert d’une anomalie durant son lancement dans la nuit de mercredi à jeudi, provoquant la perte du satellite EOS-03. Cet échec met fin à une série de 16 lancements réussis depuis août 2017.

On peut dire que la mission F-10 aura joué de malchance depuis le début. Programmée pour le 05 mars 2020, elle avait été reportée à une date indéterminée la veille du lancement pour raisons techniques. Alors que les techniciens s’affairaient pour résoudre le problème dont l’origine n’a pas été rendue publique, la pandémie de Covid-19 a forcé l’agence spatiale ISRO à suspendre toutes ses activités durant près d’un an.

Ce n’est que récemment que la campagne de lancement a pu reprendre au centre spatial SHAR, situé sur la côte orientale de l'Inde. Pour remplir cette mission, c’est un modèle amélioré de la version Mk-II de la fusée GSLV qui avait été choisi. La principale innovation se trouve au niveau de la coiffe dont la ligne ogivale offre un volume plus important pour les satellites.

Après une chronologie sans histoire, la quatorzième GSLV a arraché ses 420 tonnes de l’attraction terrestre pour un vol propulsé d’un peu plus de 18 minutes. Il était minuit et 13 minutes en temps universel.

Le fonctionnement du premier étage, auquel ont été accolés quatre propulseurs d’appoint, a été nominal, tout comme celui du deuxième étage. La séparation de la coiffe a eu lieu comme prévu dans de bonnes conditions. Tout laissait à penser que l’on se dirigeait vers un nouveau succès pour la fusée indienne.

Cinq minutes après le décollage, c’était au tour du troisième étage à prendre la relève pour conduire le satellite sur l’orbite visée. C’est au moment même où le moteur cryogénique CUS devait démarrer que la panne est survenue. Contrairement à ce qui était attendu, le moteur ne s’est pas allumé. Faute d’accélération, l’étage et le satellite EOS-03 ont fait un plongeon dans l’Océan Indien. Les débris sont probablement tombés dans la mer d'Andaman, à l'ouest de la Thaïlande.

Dans un communiqué, l’agence spatiale a confirmé l’échec de la mission suite à une anomalie lors de l’allumage de l’étage supérieur. Cette déconvenue est la quatrième de la fusée GSLV depuis sa mise en service en 2001.

GSLV, une carrière parsemée d’embuches

GSLV est la fusée développée par l’agence spatiale indienne pour transporter les satellites sur l’orbite géostationnaire. Largement inspirée de sa petite sœur PSLV (dédiée aux orbites polaires), elle s’en différencie par la présence de quatre propulseurs d’appoint à ergols liquides mais surtout par un troisième étage cryogénique.

Depuis son premier lancement en avril 2001, de nombreuses améliorations ont été apportées à la fusée. Ses performances n’ont cessé de croître, pour atteindre aujourd’hui 2,6 tonnes sur l’orbite de transfert géostationnaire. Toutefois, son manque de fiabilité reste un problème pour l’ISRO.

La carrière de GSLV est entachée par de nombreux dysfonctionnements dont plusieurs sont imputés à l’étage cryogénique. Complexe à développer et à mettre en œuvre, il est à l’origine de deux échecs sur les quatre comptabilisés pour la fusée et de deux anomalies en vol n’ayant pas conduit à la perte du satellite. A ce jour, le taux de fiabilité de GSLV est de 71 %.

EOS-03, un satellite à la pointe de la technologie

Sous la coiffe de la fusée se trouvait EOS-03, alias GISAT 1. Il s’agit d’un satellite de télédétection qui devait fournir des images du sous-continent indien à intervalles d'une demi-heure depuis l’orbite géostationnaire.

Pour remplir sa mission, EOS-03 était équipé d’un imageur travaillant dans le visible, le proche infrarouge et l'infrarouge à ondes courtes offrant une résolution spatiale de 50 mètres.

L’objectif premier du satellite était de servir d’outil pour permettre une surveillance en temps quasi réel des catastrophes naturelles ou des évènements épisodiques. Mais les images collectées pouvaient aussi être utiles dans l’agriculture, la foresterie, la prévention en cas de montée des eaux, le suivi des phénomènes météorologiques notamment.

Un second satellite GISAT est en préparation pour un lancement prévu dans le courant de l’année 2022.

Sources

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